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mardi 18 janvier 2011

Jean-Christophe Grangé


Le Stephen King français
Jean-Christophe Grangé La Ligne noire
Le Livre de Poche 2006 / 8 € - 52.4 ffr. / 606 pages
ISBN : 2-253-11659-9
FORMAT : 11x18 cm

Première publication en mai 2004 (Albin Michel).


Il paraît qu’on l’appelle ainsi, Jean-Christophe Grangé : le Stephen King français. Est-ce à cause de son rythme éditorial soutenu – presque un roman par an ? Est-ce parce qu’il partage avec le maître de l’épouvante américain cet amour de la précision dans la description des scènes sanglantes ? Est-ce à cause de cette minutie qu’il emploie dans la narration du contexte de son intrigue, donnant à ses romans l’épaisseurs de dictionnaires ? Sans doute est-ce un peu de tout cela à la fois.

L’auteur des Rivières pourpres, du Concile de Pierre et de L’Empire des loups entame avec La Ligne noire une série de trois livres ayant pour ambition de plonger aux racines du mal. D’avoir exercé pendant des années la profession de grand reporter aux quatre coins du monde lui aura donné certainement la matière de ses livres, tant ils sont détaillés et regorgent d’informations.

La Ligne noire raconte l’histoire d’un tueur en série, Jacques Reverdi, ancien champion d’apnée, emprisonné en Malaisie après un énième meurtre sauvage. A Paris, Marc Dupeyrat, ancien paparazzi, est un simple journaliste spécialisé dans les faits divers. Fasciné depuis toujours par la personnalité des meurtriers et ce qui les pousse à passer à l’acte, il se met en tête de chercher un moyen d’entrer en contact avec Reverdi, sous une fausse identité. Son rêve serait de recueillir ses confidences exclusives, et peut-être d’en tirer un roman, le tueur étant de toutes façons condamné à mort à court terme. Aussi invente-t-il un personnage féminin, Elisabeth, afin de le séduire par correspondance. Et pour donner plus de crédibilité à ce personnage, il subtilise chez son meilleur ami photographe le Polaroïd d’une jeune mannequin débutante, Khadidja. Le tueur accepte de révéler ses secrets à la belle inconnue dont il ne tarde pas à tomber amoureux, le journaliste étant un as de l’écriture, à condition qu’elle se rende sur place suivre pas à pas dans toute l’Asie le périple mortel de son idole.

Raconter la suite ? A quoi bon ? On a déjà tous les éléments pour entrevoir limpidement le dénouement. Un tueur machiavélique enfermé. Un journaliste trop curieux attiré par les meurtres. Un mannequin débutant. Selon le scénario hollywoodien typique, le tueur, puisqu’il est machiavélique, ne restera pas enfermé très longtemps (sinon où est le suspense ?). Le journaliste, pour avoir des goûts aussi morbides, doit forcément cacher quelque chose dans son passé (sinon où est le suspense ?). Le mannequin, évidemment, ne restera pas anonyme à vie (sinon où est le suspense ?). Bref, la trame est excellente pour un long-métrage qui cartonnera au box-office, dans la mesure où elle a déjà été maintes fois exploitée, et toujours rentabilisée.

Jean-Christophe Grangé a peut-être un peu trop travaillé les descriptions du paysage et des autochtones, détaillées et passionnantes, et pas assez l’intrigue, au demeurant fort honorable, il ne faut rien exagérer. Un excellent thriller pour l’été, au moins pour l’écriture limpide, vivante et sans aucun temps mort. En espérant que Grangé ne suivra pas jusqu’au bout les traces de son illustre modèle américain, qui, blasé par les succès, est devenu de plus en plus paresseux dans la construction de ses intrigues.

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